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Ça fait maintenant plusieurs semaines que je n’ai pas écrit. Depuis ces quatre derniers mois, je n’avais pas été capable d’ouvrir mon carnet de voyage, au point d’en avoir les larmes aux yeux rien qu’en en parlant. Et puis, cela est maintenant chose faite. En écrivant ces lignes, je réalise que c’est en préparant ma valise, en fin de semaine, que je l’ai réouvert. Assise au bout de mon lit, je l’ai ouvert avant de le glisser dans ma valise pour l’emporter et le relire plus tard. Après toute cette aventure de valise à rêves et de valises de voyage, il m’aura fallu une valise, tout près de moi, pour enfin l’ouvrir. Il y a quelques jours, après ma fête, j’ai donc rouvert mon carnet pour la première fois. J’y ai découvert les fleurs séchées, dont une provenant de la plante de mon arrière-grand-mère. Elles me parlent autant que les mots écrits, autant que les gribouillis dessinés de mon fils, qui me rappellent nos longues heures passées dans le taxi-brousse, à nous faire secouer le popotin et à nous occuper parfois aussi simplement qu’avec un carnet et un stylo. Et puis, finalement, je l’ouvre vraiment. Ce que je lis me touche. Je navigue avec le recul de mes écrits et de mes ressentis, mais j’ai encore besoin de temps pour me nourrir de ce contenu sans tout consommer immédiatement. Une page à la fois. Il faut dire que ce mois de novembre a été un mois d’offrande de vos retours de rêves. Vous avez été plusieurs, depuis mon retour, à me partager l’évolution des rêves déposés dans la valise à rêves, puis emportés avec moi jusqu’à Madagascar, sur la colline d’Ambohimanga. Mais ce mois passé a été un mois bercé de grâce. Un mois qui, si je n’avais pas été convaincue moi-même, aurait pu me convaincre pleinement qu’être entendu dans son rêve, avoir été écouté et prendre soin d’un rêve peut faire toute la différence dans sa mise au monde. Après tout, les naissances, tout comme les morts accompagnées, m’ont enseigné combien l’espace de prise en soin peut transformer la manière dont quelque chose vient au monde. Ainsi, j’ai croisé cette femme qui souhaitait obtenir son poste… et qui l’a eu. Ainsi, j’ai croisé cette femme qui se souhaitait sa première exposition d’art. Son rêve avait traversé les miens en détails lors de la grossesse de sa fille accompagnée, et son vernissage a eu lieu. L’empreinte de placenta que j’ai eu la chance de tracer est même exposée, magnifiée par son talent et sa pensée, puisque le thème est le microchimérisme. Voir le post Facebook Ainsi, j’ai croisé cette femme qui m’avait écrit un rêve de patin vécu la nuit, une sensation agréable, alors qu’elle avait arrêté la compétition depuis plus de neuf ans. Suite à ce rêve, elle a repris au début de la saison pour refaire un premier concours en novembre, auquel j’ai eu la chance d’assister. Comme je l’ai accompagnée elle aussi pour sa grossesse, et que j’ai entendu son rêve, j’étais profondément émue, assise sur ce banc, à la voir glisser sur ses patins. Son amoureux la découvrait pour la première fois en patineuse, leur fils sur ses genoux. J’avais des larmes incontrôlables. Des larmes de grâce, de beauté, un élan d’amour. Des larmes comme lorsque l’avion s’est posé au sol à Madagascar. On aurait dit qu’une pompière en moi avait ouvert les vannes. C’était trop beau. Voir le post Facebook Le rêve est beau par sa simplicité et par l’autonomie qu’il offre à chacun·e d’œuvrer son espace de conscience et de ressenti. Il est aussi porteur d’un état de magie, comme celui d’un enfant qui n’aurait jamais oublié en grandissant. Il est beau par son intimité et par la mise en lien qui lui permet une expression concrète au Monde. Dans ces espaces d’Entre-Mondes, le rêve offre une voie de passage. Il permet de se tenir face au mystère et à l’inexplicable, manifestés d’une façon accessible au plus commun des mortels, comme le veut l’expression. C’est avec ce fil d’argent, de la naissance à la mourance, qu’Isabelle sait si bien nous conter et nous transmettre la richesse de son expérience, qu’elle partage également dans son livre Le fil d’argent, de la naissance à la mourance. C’est dans cet esprit que j’ai la grande joie de proposer une première retraite, en alliance avec Isabelle Challut du Centre Pleine Lune et Laetitia Toanen de Chemin de Traverses, accompagnée de ses chevaux, en mars 2026, au Bas-Saint-Laurent. Pour en savoir plus :
• Événement Facebook • Informations sur la retraite Pour vous inscrire : https://docs.google.com/.../1jdy1tYCuAzwU5Wp8j9CtE5D.../edit Peut-être avez-vous, ou rêverez-vous, de votre présence dans ce moment merveilleux que nous avons tissé et que nous continuerons de tisser tou·te·s ensemble. Peut-être cette retraite sera-t-elle un cadeau précieux à glisser dans un bas de Noël. Il n’y a que quelques places sous la yourte, dans ce coin de paisibilité. Je vous souhaite un joyeux temps des fêtes, je m’en vais veiller un petit être d’amour qui m’a choisi comme doula.
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Et sans que l’on s’y attende vraiment, un matin, la mort frappe.
Dans une journée chaude d’automne, au ciel bleu faisant rayonner les couleurs des feuilles, le vent comme une dernière caresse, la mort nous visite. Après 15 ans d’amour, de liens, de vie ensemble, ce petit être vivant à 4 pattes est parti. Nous nous trouvons chanceu·ses·x d’avoir été réuni·es tou·tes ensemble autour d’elle pour l’accompagner dans ce passage des Mondes. Un matin, alors que nous nous levions pour aller au dentiste d’un rendez-vous qui a attendu des mois, que l’argent devait financer des caries à soigner, la mort frappe, et déplace toute l’énergie avec Elle pour se concentrer dans cet instant suspendu qui restera dans nos cœurs. Où nos caries deviennent dérisoires même si nous avons râlé du temps d’attente, où l’argent vient finalement financer une euthanasie plutôt qu’une carie. J’ai les souvenirs de ce petit chaton dans ma capuche qui se promenait partout avec moi, handicapée de sa patte. J’ai cru la sauver jusqu’à ce que la vie me fasse comprendre que c’est elle qui m’avait sauvée. Son ronronnement et son miaulement ont su me réconforter dans le non-sens pour retoucher à l’innocence des traversées plus sombre de mon existence. Ce chat a vu chacun de mes enfants naître et apparaître dans son environnement, leur faisant une place dans son territoire comme dans son cœur, se faisant tirer le poil et la queue par de petites mains, dormir avec chacun·e d’eux·elles et les veiller dans leur sommeil, leur maladie, leurs émotions, leur vivant. J’ai voyagé les territoires, traversé les océans, habité des lieux multiples avec Elle. J’ai rêvé avec Elle. Elle est assez importante pour être un symbole de mon Monde Onirique. Jusqu’à rêver de ce qui se sait déjà avant même que la mort nous visite vraiment. Avant même que toutes les visions puissent devenir si claires de compréhension, mais qu’une partie de moi sachante y soit déjà préparée. Aujourd’hui, cinq individus d’une famille traversent ensemble la mort, mais la portent en eux d’une manière différente. Un petit garçon a son corps qui bouge et va devoir nommer ce que son corps bouge de la manière qui sera parlante pour lui. Une ado a le cœur en peine et ses larmes traversent les sphères pour se faire entendre. Un petit dernier de bientôt 5 ans se nomme dans une simplicité presque déconcertante : — Tu sais, moi je l’aimais beaucoup, j’aurais aimé que la fin se passe autrement et qu’elle rentre avec nous. Je la trouvais cool. Pour ensuite nous dire : — Moi, j’aime pas la maison avec vous. Je veux dire vous, juste des humains. J’aime bien quand on a un animal avec nous. Et alors, j’ai pensé lui montrer les oiseaux dans notre jardin, les araignées dans notre maison, les arbres et les plantes bien vivants de leur végétal. Même la mouche dans la cuisine, dont j’apprécie le sens de sa présence aujourd’hui, pour lui insuffler que nous ne sommes jamais que des humains et que nous sommes bien entouré·es de multiples existences même si Elle est partie. Aujourd’hui, j’ai tenu l’espace de la Mort et j’ai eu la sensation de toucher la maturité qui habite mon expérience avec elle. Est-ce cela, la sagesse ? Aujourd’hui, mon corps intègre l’information de l’inexistence, de ces miaulements, d’une porte à ouvrir, d’une conversation, d’une présence, d’une caresse pour reprendre contact avec ce qui existe nouvellement. L’espace me semble encore vide, je le remplis de musique et je pleure. Je pleure la vision du rêve qui me montre comme sa meilleure amie venue tenir l’espace de sa traversée, je pleure son regard et ses pattes qui m’ont demandé mes bras comme un bébé demande sa mère, je pleure le manque et la tristesse qui vivent. Je pleure ce qui s’enterre avec Elle, de ce cycle de 15 ans, en cet automne et cette Super Pleine Lune, parce qu’il fallait au moins t’honorer de toute cette lumière pour te veiller comme tu as su le faire pour nous de toute la tienne. Aujourd’hui, la mort est entrée dans notre maisonnée pour repartir par la porte d'en arrière. Et nous avons touché la grâce de t’accompagner. Maintenant, nous devons pleurer les larmes de nos cœurs voguant aux souvenirs qui deviendront la nostalgie d’une vie croisée dans nos vies, le temps d’un temps assez grand pour que nos cœurs aient l’Amour grand. On t’aime pour toujours notre belle Matriarche. Pleine Lune 10.2025, quelque part entre Terre et Ère. C’est la rentrée. Et nous, nous sommes rentrés de Madagascar. Ça fait quelques semaines mais je n’ai pas encore réouvert mon carnet de voyage où sèchent encore des fleurs de mon pays et de mon arrière-grand-mère. Où sont écrits des émois, des atterrissages et des envolées. Je ne suis pas encore prête à l’ouvrir. J’ai encore besoin de laisser couler en moi tout le vécu qui s’intègre, une parcelle de vie à la fois, dans le quotidien de la rentrée qui revient. Il faut dire que le retour n’a pas été que douceur même si cela a été plein de sens. Entre une infection parasitaire et une perte totale de voiture, le mois d’été ici est passé vite mais a été chouette tout de même. Nous avons été entourés et cela nous a permis de nous ressentir connectés immédiatement, dans le réseau de l’immigration créé dans la région avec les années. Entourés et épaulés. Quitter une terre d’origine sur laquelle je me suis sentie chez moi sans pouvoir y mettre des mots qui expliqueraient véritablement, pour revenir sur une terre d’adoption, aurait pu être autrement éprouvant mais la matérialité nous a tout de suite ramenés dans le concret. Et puis les nouveaux rêves se sèment et j’ai eu la chance de croiser certain.e.s d’entre vous qui m’ont conté le déploiement de leurs rêves partagés. J’ai pu être témoin des mouvements de vos rêves. J’ai pu être témoin de la magie d’un rêve entendu et porté. Et je voulais prendre le temps, sans pouvoir mettre tous les mots encore sur ce voyage, de vous remercier. J’ai pleuré 48 h. Lorsque l’avion s’est posé d’abord. Lorsque j’ai vu ma cousine venue nous chercher à l’aéroport. Puis chaque fois qu’on me demandait comment c’était. Pleurer de gratitude, du sel de mère de mes origines honorées, les larmes roulant de mes yeux à mon cœur. J’ai aimé sentir chaque larme, chaque émotion, chaque questionnement, chaque nuance. Rencontrer ma famille et passer du temps ensemble. Rencontrer des inconnus ici et là et s’être reconnus tout au long des 4000 km parcourus. Rencontrer les terres, les sables, les arbres, les fleurs, les animaux et j’en passe. Rencontrer tout le vivant qui habite mon sang et pouvoir le ressentir en allant à sa rencontre. C’est une reconnaissance précieuse. Simplement aller à la librairie, voguer les autrices malagasy que je ne trouve pas ici. Goûter le lait de zébu que je ne trouve pas ici. La musique que j’écoute et qui, là-bas, est écoutée de tou.te.s. Il faut ensuite laisser le manque et le plein vivre en soi lors du départ. Il faut aussi prendre le temps de savourer tout l’amour déployé et la multiplicité installée. Rire des aventures qui deviennent souvenirs et anecdotes comme la fois où, en pleine nuit, le taxi-brousse a oublié de nous déposer et que nous avons dû faire 10 h de route pour revenir à notre point. Prendre le temps de revenir d’un moment de flottement dans lequel nous sommes ensemble hors du temps du quotidien, à se regarder dans les yeux et se donner les mains, les mains collées les unes aux autres pendant les longues heures de taxi-brousse. S’adapter de nouveau au territoire où l’on revient transformé mais où la transformation est toujours en cours. L’identité révélée du vécu et le récit de vie réécrit. Avoir retrouvé les siens et l’évidence d’une terre sous ses pieds attendue depuis si longtemps. La douceur de l’évidence d’un chez-soi dans tout ce qu’il comporte de perspectives et de strates. Avoir partagé avec ma famille les souvenirs de leurs propres vies sur le territoire, partager des vécus communs ou différents, entendre des histoires jamais entendues ou réentendues autrement, mettre des images, des mots, des lieux sur des récits d’enfance devenus réels et nouveaux, parler avec ma grand-mère et ma mère à chaque étape. Pleurer d’amour de se quitter après s’être vu.e.s. C’est une alchimie si profonde et la profondeur me nourrit de beauté et me fait vivre l’expérience de la Terre avec tant de reconnaissance et de sagesse. Alors je vous dis merci, merci d’avoir participé. D’avoir confié vos rêves. Et je voulais vous revenir à propos d’eux. J’ai pu remettre des récits de rêves à celles qui me l’avaient demandé. Cela m’a beaucoup émue d’être traversée, d’écrire et de remettre un récit. J’ai pu emporter vos rêves à celles et ceux qui me les avaient confiés. Je les ai emmenés dans une jolie pochette brillante comme si j’amenais des bijoux précieux. J’ai randonné les forêts, les sables, l’océan, les rivières et les villes avec et je suis allée sur la colline sacrée d’Ambohimanga pour les ritualiser, les honorer avant de vous les ramener sur le territoire pour qu’ils complètent leurs voyages. Il me ferait vraiment plaisir de vous entendre sur vos rêves partagés, ce qu’il en a été de votre côté. Mes remerciements ne sont que des mots ici mais sachez qu’ils ont été vécus, ressentis, pleurés, gratifiés, et qu’au-delà des mots circulent probablement ce qu’on appelle l’Amour et j’ose imaginer qu’il puisse profiter au Monde Entier. À mes ami.e.s et ma famille d’ici et de là-bas car nous avons aussi été accueillis précieusement à Madagascar et au Québec. La multiplicité est un cadeau de vie magnifique et je suis heureuse que mes enfants aient pu goûter la leur autrement encore avec ce voyage. À mon retour, j’ai aussi participé à un projet d’exposition d’objets des habitants des Basques dans laquelle j’ai partagé la statue que ma grand-mère m’a offerte, dans laquelle continuent d’être honorés les pas, les chemins et la diversité soulignée de sa précieuse richesse. Il est temps maintenant de mon entrée à l’Université et d’accompagner de nouveaux bébés qui viennent rejoindre l’Humanité et le Vivant d’ici. |
AuteurAccompagnante aux passages de vie passionnée, vous pouvez aussi me suivre sur les réseaux sociaux @Tiffa La Doula. Archives
Septembre 2025
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