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Il y a maintenant deux mois, j'ai été une artiste exposante et performeuse au Congrès de l'EDIQ. J'y ai exposé ma Valise à Rêves et une immersion sonore des rêves.
Sur papier, c'est chic. Mais avant d'en arriver là, une amie m'avait envoyé le formulaire en me disant que je devrais y aller avec ma valise à rêves. Alors moi, dans mon feu vivant, j'ai rempli le formulaire un soir, à minuit, peut-être même plus tard. Je l'ai fait sérieusement, portée par mon élan, sans vraiment penser qu'un jour, dans mes courriels, j'aurais une réponse me disant que j'étais conviée à une entrevue suite à ma candidature! Sur papier, c'est chic. Mais dans la vraie vie, j'ai tremblé de tout mon être. Trembler d'être vue, d'apparaître, avec mes idées que je trouve parfois farfelues, dans lesquelles plusieurs personnes avaient cru, assez pour que ça se concrétise. J'ai tremblé, puis je me suis lancée. Et je me suis aussi vidée : de mon énergie, de stress, de nervosité, à vouloir tout contrôler, que tout soit parfait, d'appréhension. J'ai même passé trois nuits blanches à baragouiner, à moitié endormie et éveillée, dans mon sommeil, répétant mon discours et mes notes, que je relisais sans cesse les jours précédant mon intervention. Puis, finalement, ce fut le moment. Le moment d'apparaître aux côtés d'autres artistes exposantes, parmi plein de chercheureuses universitaires, et qu'on me rappelle que j'en étais une d'entre elleux aussi, même si j'étais là en tant qu'artiste! Et quand est venu mon tour de parole, dans un amphi devant le public, je me suis laissé traverser par ce qui m'anime, laissant filer les mots dans ma bouche, sans jamais reprendre mes notes. Je crois que, dans l'épuisement émotionnel et la réaction somatique de mon corps en surrégime, je n'ai plus eu le choix que de lâcher prise, de toute façon, ça ne tenait plus! J'ai aussi eu la chance d'avoir près de moi une femme solaire incroyable, comme un ange de téléfilm, qui tenait l'espace pour soutenir ma prise de parole. Sa présence a adouci mon être, assez pour me donner la confiance dont j'avais besoin, pour me sentir assez à l'aise avec mes pensées émergentes, que je peux moi-même trouver folles. Et juste avant d'entrer dans la salle, devant le public, j'avais croisé une femme qui me racontait qu'elle venait et attendait mon intervention, car elle était interpellée et fortement intéressée par mon sujet. Cette dame, qui semblait avoir une expérience de vie et d'âge, semblait par sa seule présence réassurer en moi ce besoin de confiance pour me dire que tout cela faisait sens, et pour plonger. Ainsi, en juin, j'ai été, le temps de trois journées, une artiste avec sa Valise à Rêves, qui commence à faire le tour du Québec, se déplaçant d'événements publics à personnels, le temps de belles rencontres avec des personnes magnifiques, qui surgissent parfois là où on ne les attend pas, comme des pépites dont on avait besoin, presque comme si elles avaient émergé des divinités qui les auraient envoyées en mission! Le temps aussi de réflexions, parfois, sur le monde dans lequel nous sommes et notre façon de le penser, un monde dans lequel l'artiste aime repenser la science dans de nouveaux paradigmes réflexifs, pour retourner faire la praticienne-chercheuse dans une lucidité du terrain expérientiel de l'humain et du vivant. Puis, finalement, je suis rentrée pour redevenir, non pas l'artiste, ni la chercheuse, ni quoi que ce soit d'autre, mais juste Tiffa, et la maman, dans un bon gros pyjama dépareillé, parce qu'après tout ça, et un haut du dos bloqué, il fallait bien que j'aille dormir! Dormir comme jamais, collée à mes petits chats et mon amour, en relâchant tout ce que s'exposer, et être exposée, me demande de vulnérabilité, d'exigence et de don de soi. Et parce qu'auprès d'eux, je peux être entière, il n'y avait de meilleur endroit que dans leurs bras pour le faire. Ainsi, j'ai recueilli, entendu et fait entendre des rêves multiples, des réactions, des émotions, qui demandaient de prendre le temps de se rencontrer, d'être attentif·ve, et de se laisser toucher pour approcher un nouvel angle du rêve : le rêve qui crée des liens qui tissent, le rêve comme espace de réunification, le rêve comme source et voie de pacification, comme un acte de résistance, comme une possibilité, comme une source de solutions possibles, comme un espace d'écoute, comme un espace d'être. Le rêve qui n'est pas que pour soi, qui est aussi pour l'autre, pour le monde, pour le vivant, pour plus grand que soi, et qui oblige à sortir d'une posture égotique pour devenir une source écocentrique. Ainsi, d'une idée qui pourrait sembler farfelue, je me suis unie au monde pour créer un monde où les fils suspendus de rêves, tissés ensemble, ne sont pas que des idées folles, mais bien réelles.
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La saison passée, je me suis sentie vraiment gâtée de pouvoir proposer des ateliers de création à partir de nos rêves à des enfants entre 4 et 12 ans, avec la ville de Trois Pistoles, accompagnée des petit·e·s assistant·e·s, mes trois enfants.
Je me suis sentie gâtée de pouvoir m'asseoir en petit groupe avec des enfants pour qui le rêve, dans son état le plus essentiel, n'a pas encore été obstrué par ce que l'on voudrait en tirer, analyser, psychologiser. Je me suis sentie gâtée des offrandes de leurs aventures nocturnes, parmi les multiples mondes que leurs rêves habitent, qu'ils soient de grâce ou plus cauchemardesques. Le simple fait de pouvoir s'asseoir, partager et s'entendre conter des rêves est une beauté du vivant en soi, qui fait du bien aux cœurs qui peuvent écouter sans vouloir interpréter. Je pense encore à une enfant qui m'avait dit : « Je ne vois rien. » — Ah, et c'est comment le rien que tu vois ? « C'est comme un trou noir. » Ou à une autre, à qui j'avais demandé quelle image lui venait en fermant les yeux, et qui m'avait répondu, sans hésiter : « Roche papier ciseaux. » De cette façon, à partir de ce qu'iels avaient à dire, de ce qui se présentait, chacun·e a pu mettre au Monde à partir de ses propres Mondes, et le partager avec le Monde. Un être qui faisait des cauchemars récurrents est revenu la semaine d'après en contant qu'il ne l'avait plus fait. Un autre petit être a pu partager que lui ne faisait que des rêves magnifiques, là où beaucoup d'enfants se rappelaient surtout de leurs cauchemars, et il leur partageait la magnificence de ses voyages avec un entrain souriant de l'âme : « Ce requin s'est perdu, finalement il trouve des amis dans la jungle et va rester ici pour vivre heureux. » Chacun·e s'est offert un temps d'écoute, à partir de cet espace que l'on nomme souvent imaginaire, et a même pu mettre en œuvre à partir d'elleux. Ainsi, j'ai vu des enfants et des parents parfois hésiter à créer sans consignes précises indiquant de tirer un trait comme ceci ou de faire une forme comme cela, et j'ai pris le temps de m'asseoir auprès de chacun pour plonger dans leurs propres consignes de création, depuis cet espace possible de vision. J'ai été touché de voir des mères partager des rêves qui ont donné lieu à des câlins avec leur enfant, à se découvrir dans leurs mondes ; une autre a dessiné, depuis un espace émotionnel, un pays qu'elle a quitté de son corps mais pas de son cœur. Quand je lui avais demandé ce qu'elle voyait en fermant les yeux, elle m'avait répondu : « Rien, je vois rien. » — Une couleur, une sensation peut-être ? « Mon pays. Je vois mon pays. » J'ai vu des pères conter des aventures avec leur petit et rire aux éclats. J'ai vu des enfants complices se découvrir au-delà de ce qui paraît, mais dans ce qui les habite. Le tout appuyé par mes enfants, qui ont aidé les autres enfants. J'ai encore dans mon cœur l'image de ma fille qui dessine debout sa propre création, en marchant autour de la table tout en veillant, pour accompagner d'autres enfants qui lui demandaient de l'aide pour leur dessin. Ou encore mon fils, qui se lance en premier pour conter son histoire de rêve et éveiller le groupe à partager. Mon petit dernier, qui installe la grande table à déplier avec ses petits bras, dans un entrain de joie d'accueillir les enfants du groupe. Et peut-être utopiquement, ai-je pensé qu'une petite graine avait été semée. Une graine de souvenir, toujours accessible, qui leur rappellera qu'iels peuvent, à tout moment, retourner plonger dans leur rêve pour créer, pour visiter d'autres mondes. Même plus tard, même si la vie adulte leur fait parfois croire que le rêve n'est qu'un fourre-tout de la journée écoulée, qui ne révèle rien, cette graine, elle, sera peut-être là pour leur rappeler que le rêve est une porte qui permet des accès multiples. Mais surtout, j'ai appris. J'ai appris de chacun·e d'eux, un rêve, une façon de voir, de nouveaux mondes, des aventures multiples, des possibilités et des existences. Alors la saison passée, je n'ai pas pris le temps d'écrire ici, mais j'ai pris le temps d'œuvrer le vivant avec elleux. Il y a quelques jours, mon cinq ans a shooté royalement sa balle de soccer dans le plant de concombre du jardin. Il s'est retrouvé complètement déraciné, les racines abîmées, la tige brisée.
Il y a quelques jours, je suis allée chercher parmi mes potions de petite alchimiste notre argent colloïdal fait maison, pour tenter de prendre soin de ce plant de concombre et lui offrir une chance de rejaillir. J'ai donc arrosé ce plant et pris soin de la blessure de la tige, après que Lionel l'a remise en terre. Je l'ai fait sans vraiment me demander si cela serait possible ou non, si cela marcherait ou pas. Je l'ai fait depuis cet espace en moi qui croit, qui soutient, et qui laisse ensuite la possibilité être. Ainsi les heures ont coulé, et quand nous sommes rentrés le soir, Lionel a bien ri de l'état du pied de concombre, encore plus à plat que jamais, qui semblait sans espoir. Je me suis mise à rire aussi, non pas du concombre, mais de ma propre naïveté, de cette tentative un peu folle. On a même ri avec une amie, qui m'a dit que tous les miracles ne se pouvaient pas. Dans le rire, j'ai tout de même continué de croire, sans vraiment le savoir, sans que ce soit si conscient, mais parce que je n'ai jamais cessé d'arroser le plant. Quelque chose en moi n'a pas lâché. Et puis, quelques jours plus tard, Lionel est revenu en me demandant si j'avais vu. Si j'avais vu que le plant de concombre s'était relevé. Si j'avais vu, en plus, qu'il avait de nouvelles feuilles. Qu'il était bien vivant, encore. Sauf que, bien que j'aie peut-être pu soutenir, ce plant s'est relevé seul. Je ne l'ai pas relevé. Je ne suis pas celle qui a fait croître de nouvelles feuilles : ça, c'est lui, seul, qui l'a fait. L'envie de vivre, de continuer à nourrir sa tige, ne m'appartient pas. Je n'en ai pas le mérite. Et pourtant, je peux y voir des parallèles avec l'accompagnement. Je ne l'ai jamais lâché. J'ai cru, même en riant, même lorsque j'étais seule à y croire. J'ai continué d'arroser. Et j'ai accepté que tout se puisse, que la décision ne m'appartenait pas, mais que je pouvais accompagner, soutenir, en proposant un environnement propice, en offrant des conditions de renaissance. Et ainsi, cela m'a parlé de ce que font les doulas. Elles permettent aux miracles de rejaillir, même dans des lieux où plus personne ne croit, où tout semble complètement mort. Elles continuent de croire, de tenir des conditions favorables, que ce soit en offrant de l'eau à boire ou en laissant la possibilité à la multiplicité d'avoir lieu, et d'accompagner ce qui est, dans cet acte puissant qui est comme une résistance dans notre Monde. Et parfois, de façon bien humaine, même si elle se met elle aussi à rire de sa sottise, d'avoir pensé que sa potion aurait pu faire une différence, au même titre que son amour, que son eau, que sa pensée du possible, une étincelle quelque part en elle, continue malgré tout d'y croire, parce qu'elle a déjà été témoin de tant de miracles. Et alors, lorsque ce concombre rejaillit d'entre les plants morts, elle n'a plus le choix que de se souvenir, d'être témoin, de raviser sa posture, et de se rappeler que même si elle avait cru et que cela avait échoué, ce plant aurait quand même reçu de l'amour, et gardé la liberté de sa propre décision. Et alors que la Terre brûle à bien des endroits, un petit pied de concombre rejaillissait dans un jardin d'un petit village du Bas-Saint-Laurent. Ce n'est peut-être pas grand-chose. Ce n'est peut-être qu'un petit pied de concombre. Pourtant, c'est bien du vivant qui reprend vie, un petit peu, quelque part sur la Terre. |
AuteurAccompagnante aux passages de vie passionnée, vous pouvez aussi me suivre sur les réseaux sociaux @Tiffa La Doula. Archives
Août 2026
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